Identité transgenre (2): naissance de Kelly
Des débuts tatonnants(1): lorsque je suis arrivé chez Tata Mona(1) les filles m'ont dit qu'elles allaient me parler au féminin...me donner du "elle"..."tu es belle"..."tu te maquilles bien!". Bien sur j'ai senti immédiatement une petite satisfaction intérieure presqu'instantanée lié à un narcissisme qui ne demandait qu'à s'exprimer-sans débordement d'ailleurs-sentiment d'appartenir au groupe, le leur,sentiment d'un début de reconnaissance, peut être aussi généré par les efforts consenti pour me maquiller avec justesse, j'entends sans excès ni vulgarité. Me renvoyer, sans moquerie, ses quelques signes me fit le plus grand bien sur la route de ma transformation.
Au début? On hésite, on s'interroge: est ce que ça le fait? On reste cloîtrée!...et on ronge son frein. Je peux dire dire, pour Kelly, que ce fut une période de découverte de nouvelle sensations, en grande partie dues au plaisir éprouvé en revêtant des vêtements féminins-subtil mélange de tabou malmenés, d'interdits outrepassés et de stisfaction narcissique pure; ce voir dans le miroir comme "elle"...intense délectation bien sur. Mais passés ces essayages répétitifs et soumise à la frustration, et surtout terrorisée par le fait de mettre le nez dehors, l'ennui s'installe, les habitudes ou la lassitude. C'est clair que l'on réclame le jugement collectif, car c'est la porte d'entrée à une pratique évolutive et gratifiante. Certaines filles ne passent pas-ou ne veulent pas-ce cap: "intérieur vers extérieur". J'ai su dès le départ que je voulais m'affranchir des autres en passant par eux...mais le chemin fut long! Dès ma première sortie, à Lyon, brève et nocturne, si je me souviens bien, pour cause de de forte apréhension et par peur d'avoir commis des bourdes du côté du maquillage et des vêtements portés, j'ai aussitôt cconstaté que l'oeil des autres servirait de parfait juge de paix et de vecteur pour m'améliorer, car je voulais "progresser" coûte que coûte. Pour moi, la pratique du travestissement ne peut pas s'arrêter sur mon palier, ni à mon ego surdimensionné, "surcroit d'un narcissisme autosatisfait" devant ma glace...Le regard des autres, les commentaires, les compliments et quelquefois les injures, m'ont permis d'accéder à un second palier où je considère que j'ai momentanément quitté mon enveloppe mesculine pour approcher quelque chose de féminin, surement "autre"!...J'ai atteint ce palier au bout d'un ou deux ans de pratique peut être...considérant que les débuts furent occupés à corriger mes erreurs: make up, assemblage de vêtements,etc...fautes de goût quoi. Le fruit de mes efforts après trois ans, fut accueilli par de nouveaux regards et compliments flatteurs sur ma silhouette et la qualité de mon nouveau maquillage, fort travaillé je l'avoue grâce aux conseils et aux lectures féminines: les "autres" avaient changé et l'agressivité,parfois,s'était muée en admiration-les femmes-et en enthousiasme,voire sidération chez certains hommes, très surpris de constater que derrière cette "nouvelle" silhouette se cachait un "homme"...Le troisième palier,dans lequel je me considère maintenant, m'amène à aller et venir dans la peau d'une nouvelle fille,temporairement, gardant toujours à l'esprit que je peux devenir cette femme à laquelle je rêve et qui occupe mes pensées une bonne partie de la journée: je lis en femme, j'observe les femmes, je pense femme, j'écoute femme...même quand je me déplace en homme. On se comprend.
Les souvenirs marquants: quand on réfléchit au pourquoi d'un "changement", on cherche dans les trefonds de son esprit! Je peux extrapoler, supposer, émettre des hypothèses, sans avoir à me justifier d'ailleurs,mais je ne trouve pas de facteur déclenchant à une pratique qui aujourd'hui fait partie de mon existence sans aucun tabou, avec juste les aménagements et la retenue qui sont nécessaires à une adéquation socio professionnelle et au qu'en dira-t-on...Peut être quelques souvenirs quand même...?
Passés,dis-je, les premiers moments excitants dus à cette nouvelle activité, le travestissement, je dus m'accoûtumer à la marche sur de hauts talons, d'abord devant mon miroir, constatant par ailleurs l'effet de ma nouvelle silhouette féminine sur mon "nouveau" mental...Les "effets" n'agirent pas de suite sur moi: d'abord claudiquante dans ces nouvelles chaussures trop hautes, elles devinrent rapidement le prolongement de mes pieds et jambes, mettant ces dernières en valeur, comme mon derrière rehaussés! La découverte de sensations féminines passe par la case chaussure et s'interdire la marche sur des talons me semble maintenant insensé; alors, j'entends une hauteur raisonnable de talons: avec l'expérience j'ai vite découvert mes limites, mais je crois que revenir au talon plat me cause presque un souci tellement je suis habitué aux "sensations délicieuses" de la marche féline en talons hauts! Je comprends pourquoi l'on trouve tant de boutiques et de modèles de chaussures, par exemple dans les rues de Turin(lire "Fashion shopping" et "Torino ma chérie"),où chacune de nous peut craquer!
Le fétichisme naissant: ma mère portait des bas de soie et une gaine; ces bas m'ont toujours attiré avec le porte jaretelle associé; elle marchait avec des chaussures à talons hauts,élégante, (très belle femme comme ma grand mère maternelle)femme mince et assez grande, 177cms sans chaussure. Je crois que ça lui donnait tout de suite quelque chose de très féminin avec un soupçon de classe que probablement j'enviais inconsciemment...Souvenir lointain, je m'amusais, encore pré-pubère à toucher dans l'armoire parentale quelques dessous qui m'impressionnaient et me troublaient déjà, je crois!
Est ce que je comprends pourquoi "elles" ne portent pas souvent de bas? Peut être...suivez-moi: d'abord, peu pratique, ils s'avèrent un non sens pour travailler et marcher; très porteur de "fétichisme", et idée très souvent "masculine"!...pour "lui" faire plaisir, le bas n'apporte vraiment pas grand chose en dehors de moments très ciblés: sorties en clubs, restaurants, jeux sexuels différents...et ils renvoient au pouvoir "qu'il" aurait sur "elle"...Mauvais plan? Avec une pratique régulière du travestissement, je trouve cet "accessoire" non fondamental et je me tourne vers des basiques qui me confortent dans ma "peau" de fille et me rassurent: ensemble slip et soutien gorge appareillés, jupe et chemisier concordants avec talons hauts,etc...Une recherche de sobriété confirme mentalement Kelly,féminine, dans cet interstice en le TV et le TS.
Un genre "normal": mon adolescence s'est passée normalement; je ne fus pas précoce, puisque je fis mes premières armes dans les bras d'une femme de 44 ans alors que j'en accusais tout juste 18, chez ma grand mère, à Paris, assez préoccupée pour qu'elle ne rentre pas trop tôt de chez une de ses amies retraitée comme elle. Mais quel bon souvenir! Je revois encore aujourd'hui cette grande femme rousse que je mis un bon mois à courtiser aux Galeries Lafayettes où elle travaillait comme hôtesse d'accueil, le sexe entièrement rasé parbleu, fougueux de découvrir les joies de ma sexualité-hétérosexualité- naissante!
L'autre genre...refoulé: je vivais à Paris et cotoyait fréquemment Pigalle, ses filles, ses TV et TS, sans m'apercevoir que mon goût pour "l'autre sexe" commençait à germer dans mon esprit. Le sexe opposé m'attirait toujours autant, mais le "troisième sexe" me passionnait, je crois bien! Je trouvais superbe certaines "filles" qui arpentaient les trottoirs parisiens ou fréquentaient certaines boîtes branchées! Je crois que les prémices de ma future transformation s'étaient déjà mentalement imposés dans mon esprit. J'étais homme mais je rêvais en secret de devenir femme et de ressentir le même plaisir corporel et cérébral...
On peut quand même affirmer sans crainte que le fantasme et le fétichisme sont deux grands vecteurs du travestissement. Fantasmer sans aboutir m'a toujours horripilé même si maints auteurs et...psy s'entendent pour dire que le fantasme doit le rester, mais, en attendant, écrivent des bouquins entiers pour nous mettre l'eau à la bouche. En somme, le travestissement peut être et naître du fantasme mais ne pourra jamais s'y résumer où alors il reste le substitut d'une sexualité atypique, refoulée ou frustrée. Dans mes débuts de travestissement, je sentais en moi une attitude fétichiste, fortement aidée par le port des bas, des dessous féminins et des hauts talons, mais elle me semblait privisoire et assez superficielle, dans l'attente de faire la "passerelle" vers ce fameux troisième palier cité ci-dessus. Certe, le fétichisme reste une composante primordiale pour l'atteinte du plaisir mais n'enferme pas ma pratique dans une excuse à l'inassouvisseent d'une sexualité refoulée.
Des débuts tatonnants(2): j'admire les anglais qui semblent assez calés pour catégorier les nuances des transformations; sûrement qu'aujourd'hui je peux affirmer que je me situais dans la catégorie des HPW, Hair Pant Weaver,lorque je commençai à porter mes premiers bas et porte jaretelle sous mes vêtements masculins, suivi d'ensembles, confectionnés de dessous féminins complets, partant du slip, soutien gorge et caraco, associés aux bas et porte jaretelle! La totale pour de nouvelles sensations! Je vécu quelques temps ainsi, éprouvant mes petites sensations égoïstes et en cachette, avant d'essayer, bien plus tard l'expérience du CD: crossdressed mes aïeux...Je croisai quelques sympatisants se contentant d'une pratique HPW ou de Crossdresser, ajoutant la perruque, mais ne sortant pas du domicile; "in the closet" disent les anglais. Je n'avais pas encore découvert l'épilation, palier important dans la naissance de nouvelles sensations déterminantes, qui m'a conduit vers le travestissement abouti, "Transvestite" donc,vétitable passerelle vers un étage intermédiaire, où je me situe, antichambre de la Transexualité que je ne veux pas-ou peux pas-atteindre pour des raisons personnelles...
La naissance de Kelly: ici est née Kelly, une nouvelle "fille" transformée, qui fait illusion, entre le "mâle" et la "femelle", aboutissement d'années d'observation du "sexe opposé", fervent admirateur-toujours consommateur si vous le permettez-un peu "queer", pas shemale pour ne pas tomber dans la "marginalité", bisexuelle assumée, TV hétérosexuelle, fétichiste revendiquée mais de bon goût et anti-vulgaire si possible. Savourer le plaisir de se maquiller pour sortir; savourer le moment d'enfiler votre paire de bas; vous regarder dans le miroir une fois habillée, conduire son auto pimpante, s'adonner au shopping à Lyon,Grenoble ou Paris...voici la nouvelle fille,Kelly.
Et aujourd'hui?: après plusieurs années de "pratique" je différencie mes ressentis et porte un oeil nouveau sur le travestissement; comme je dis dans "Identité transgenre1", les débuts s'apparentent plutôt à une excerbation de la sexualité, mal maîtrisée, préoccupé par la gestion de ce passing qui vous valorise ou vous descend quand ça ne passe pas...et au fil des expériences, l'habitude s'installant, le plaisir change, se "transforme" aussi, conduisant à un ressenti bien plus "cérébral"-intégré mentalement/digéré?-Le plaisir n'est pas-ou n'est plus- ce moteur omniprésent et péjoratif qui use des transformations pour combler l'insatisfaction,non!
Alors aujourd'hui je m'interroge sur mon évolution: je "passe" assez bien; "on" me renvoie des éléments positifs:"Tu as le physique, la voix, y a pas d'âge,fais-le!" Comme dit la maxime..."Bon conseilleur,mauvais payeur"...mon cerveau pèse le pour et le contre...je surfe sur les sites spés, ceux de copines comme moi dans une "niche" charnière où une décision s'impose! Aujourd'hui je me situe dans cette position mentale où mon ressenti de femme me "pousse" à la "transition", ou à me "fixer" dans un intermédiaire sans trop savoir lequel d'ailleurs, au vu des réalités incontournables qui s'imposent quand on se lance dans un parcours transexuel de A à Z: c'est vrai qu'on ne décide pas de devenir transexuelle, une femme donc, [la charpente restant "mec" quoi qu'il arrive] un matin devant son café...mais on souffre [dysphorie] de ces allées et venues incessantes entre le genre masculin et le genre féminin...état actuel de Kelly. Nombres d'interrogations vous assaillent: pourquoi cette "révélation" ne s'est pas déroulée plus jeune!?...quoique rien n'empêche d'entamer une transition plus âgée...mais les acquis sociaux freinent l'enthousiasme quand on pèse les difficultés que rencontrent les "filles" avant d'embrasser ce nouvel état.
A l'adolescence, me dis-je, je m'intéressais aux sous vêtements féminins[je les essayais de temps à autre pour un plaisir nouveau sans verser vers cette douleur qui vous demande de changer de genre car vous n'êtes pas dans votre peau!...sorte de faux "moi",sans offenser Freud,ou plutôt, à l'inverse, un corps ne correspondant pas à mon "moi"; à cette époque aucune douleur ne poussait à m'interroger...] Je me trouvais bien bien dans ma peau de mec, curieux et admiratif des femmes dans l'ensemble; la "mutation" s'est opérée insidieusement, très progressivement je pense [peut être en découvrant quelques shemales flatteurs, au départ, sans connaître l'abération qui se cache sous ces "créations" en vue de satisfaire la pornographie, cantonnant ces "filles " à une niche sociale étriquée] aux abords de la quarantaine naissante avec un désir défférent, maturé, abouti, logique...
Aujourd'hui la souffrance se fait plus pesante parfois, les interrogations sur cette "pratique" et le renvoi par notre société comme les hésitations quand on connait le parcours du combattant qu'imposent la médecine et l'administration...les besoins financiers, vos acquis sociaux professionnels "hypothéqués" par cette décision...autant de déchirements qui placent Kelly sur une balance... ocillante. Aujourd'hui je m'interroge sur la "suite" et mes motivations car la sexualité n'est plus l'élément moteur de mon travestissement mais mon état de "femme", persistant que je ressens transformée et même une fois retourné dans ma peau mâle, un état qui s'est peu à peu imposé à moi et a modifié ma façon d'être et de penser. A suivre...
(1): club du vieux Lyon qui accueille les transgenres naturellement; tendance "multigenre"; bon vivant,convivial et sympa.

Commentaires