Kellyfetish

Vanessa Duriès

"Le lien" de Vanessa Duriès

Roman intéressant: jeune femme qui a découvert les plaisirs de la soumission et du masochisme dans les bras de son maître:"Je porte les stigmates de la réalité de mon amour. J'aime contempler dans un miroir les traces que m'ont laissées les épreuves endurées lors des séances de soumission à l'être aimé. Je détaille les éraflures, les stries qui zèbrent ma peau nacrée, et je revis les intenses moments d'abnégation."

Ces quelques 120 pages qui parle d'une relation SM, faut le reconnaître, sont bien écrites: leur jeune auteur, étudiante en lettres aujourd'hui décédée, a brillamment couchée sur la feuille blanche le ressenti-intérieur et extérieur-par le mot juste et sans détour ou fioritures de "style" alourdissantes; nous sommes dans le vif du sujet, depuis la "genèse" et la recherche d'une telle "aventure sexuelle", qui repose quelque part sur le cérébral et la psychologie de cette jeune fille décrivant au début du livre, son vécu d'enfant et d'adolescente. En relisant la phrase ci-dessus, on constate que nous sommes à mille lieux du fantasme: le fantasme a pris forme dans le réel, les deux "entités" se nourrissent l'une de l'autre; au-delà de cette réalité, on saisit le sens d'abnégation, d'abandon et de soumission et surtout l'importantc des termes choisis! "Je porte les stigmates de la réalité de mon amour": on pense aussitôt à une idée du sacrifice et aux stigmates de quelques religieux intensément impliqués dans leur foie. Existe-t-il un rapport entre repentir, punition et sacrifice...où vient se mêler un "nouveau" plaisir du à de telles pratiques SM? Je dis oui...et lire Freud comme ses "amis" donne un début de réponse. L'implication dans cette relation s'avère forte, totale, sans chichi ni chiqué: on en parle et on passe aux actes: "J'aime contempler dans un miroir les traces que m'ont laissées les épreuves endurées lors des séances de soumission à l'être aimé." Tout est dit ici sur cette interdépendance: le masochisme, qui se nourrit d'images mentales vécues et ressenties et qui en génère de futures-fantasmes à vivre-se regardant dans la glace; la relation amoureuse avec cet homme qui repose sur le SM-elle attend beaucoup de lui, et lui ne peut pas "s'exprimer" sans elle; faut-il aborder la notion de narcissisme? certainement: se regarder, soi et ses parties, comme ici, fait pencher vers "sa" problématique personnelle qui naît quelque part dans aux tréfonds de son être; on ne se regarde" pas par "hasard et on attend de l'autre une réponse...à sa souffrance..."et je revis les intenses moments d'abnégation".

Génèse du ressenti et d'une soumission totale d'une personne qui reçoit...de celui qu'elle "aime", naissance d'un masochisme et sa transformation en plaisir...L'auteur analyse judicieusement le pourquoi de ses penchants "sexuels", leurs origines, l'évolution de sa relation et son devenir, dans le temps.

On peut presque dire que l'auteur pose les "bases" de l'origine de "sa" relation sadomasochiste dans les rapport ambigus vécues dans son enfance-"rapports" avec un père violent qui la battait, la séquestrait-quelque chose que l'auteur ne comprenait pas mais qui au fil des habitudes (??) s'est transformé: cette relation violente s'est déplacée comme si le corps et l'esprit cherchait sa "survie" en s'accomodant des coups-injustifiés-et posant,là, "l'oeuf" du ressenti sadomasochiste!...Ces pages témoignent, peut être, avec une grande justesse, ce qu'une "victime" peut ressentir.

extrait p5:"Je n'ai jamais été plus désobéissante que mes soeurs ou que mon frere et je n'ai pas le souvenir d'avoir été une enfant difficile. Cependant, et je n'ai jamais compris pourquoi, mon père me traitait souveent de dévergondée ou de petite salope." (il est évident que dans ces qq lignes l'auteur met le doigt sur quelque chose qui ne la concerne pas: une problématique paternelle qui transpire sur elle: sa relation avec les femmes?; l'auteur se sent-est- innocente et cet acharnement(sur elle-même) dont elle se sent détaché parait logiquement gratuit, innaproprié, injustifié...comme les "punitions" qui suivent. On découvre une victime qui s'accomode(ra) de son sort, plus loin, et transformera (est ce volontaire ou une adaptation propre à l'homme pour sa survie comme je le signifiais??) cette "dualité" étrange en embryon de relation sadomasochiste avec son plaisir "particulier"...

p6:"J'eus droit ce soir là à une sévère correction, qui marqua mon corps et ma mémoire à tel point qu'aujourd'hui je repense à ces premiers coups, à cette première épouvante, à mes premières souffrances de victime innocente..." On voit l'effet traumatique et peut être ici déja la transformation "mentale" qui s'opère, comme si la victime retournait contre elle-même et acceptait son sort, en punition "méritée" et exutoire: on excuse son bourreau et on le trouve "sympatique quelque part.

P6et7:"Ces corrections  m'humilièrent profondément les premières fois." Il est clair qu'il existe des gens qui attirent le courroux d'autrui facilement, le rejet et servent de défouloir! Pourquoi? Une attitude énervante...le renvoi de quelque choses qui vous agace vous même...l'auteur ne comprend pas "quoi"??! Certaines personnes se rendent compte de ce qui dérange chez autrui et modifient (essayent) leur attitude: parfois ça ne change rien! On parle alors de persécution, aveugle, d'acharnement...

p7:"Mais, inexpliquément, plus elles se répétaient et plus je ressentais un sentiment étrange, qui progressivement m'inquiéta, me dégoûta et acheva de me déstabiliser vis à vis de mon père que je parvenais pas à haîr". J'entends presque ici que l'on s'habitue aux coups et à celui qui les donne: la "transformation mentale de l'auteur est opépée!"

p7:"Je crois aujourd'hui savoir que je ressentais déjà l'orgueil qu'éprouve celle qui est l'objet de sévices de la part d'un être aimé. Chaque coup reçu peut alors s'interpréter comme une marque d'intérêt, voire d'amour. Car sinon, pourquoi le père ou le maître punirait-il, fouetterait-il son enfant, son esclave?" Soit: je lis ici, interprétation et la phrase reste une interrogation!!? Il est clair qu'il vaut mieux penser que la personne vous aime...le père notemment, sinon nous approchons de l'horreur banalisée...qui existe.

p7:"Je ne me suis jamais résignée qu'au sort que j'avais librement choisi...j'ai appris à dominer ceux qui usaient de moi en rendant mystique et ambiguë l'offrande de ma soumission"..."C'est ainsi que les esclaves vivent:elles sont les seules à détenir les clefs des caves sombres et humides où les fantasmes des maîitres les hissent au rang de divinités"

Le coup de coeur "book": "Je tremble Ô matador" de Pedro Lemebel 10-18

Voici un "petit" livre-189 pages-qui aborde la problématique du travestissement lié à l'homosexualité à l'époque du dictateur Pinochet-Chili-Ce qui est intéressant, c'est que ces pages renvoient à l'exclusion et à la marginalisation d'une façon "d'être": le héros n'est pas transexuel-trop pauvre surement-mais se vêt comme une femme et vit ainsi; on comprend au fil des pages que cette "tendance" fille se trouvait présente chez le héros du livre depuis son enfance ce qui sucita rejets et mauvais traitements-le père-abus sexuels et la "dérive" via la prostitution qui bien souvent s'avère le seul moyen pour gagner de l'argent dans une société machiste quui pratique aisément l'exclusion et ne permet aucunement l'insertion de "l'autre".

Travestis? Transexuels? Difficiles intégrations d'"autres" façon de vivre! Je tremble O matador possède quelque chose de pathétique car ces pages renvoient autant à la misère-pas seulement économique-et à l'isolement qu'elle engendre, sans parler des conduites "déviantes" qui se greffent sur son terreau. Se travestir et se prostituer peuvent découler de cette misère humaine; ici, "le" héros (l'auteur oscille entre le masculin et le féminin pour qualifier son personnage principal, ce qui peut gêner en somme, car où le situe-t-il? Il semble qu'il restera toute sa vie parmi les marginaux de la société, inqualifiable??!)

Ce livre ne reste qu'une "fable", belle soit, mais sans espoir de se fondre dans la société en personnage "normal" pour la "folle" que tout le monde excuse car on sait bien qu'elle tapine-le fou est irresponsable à bien des titres dans une société et la passerelle n'est pas si lointaine-La normalité ici serait qu'une relation existe entre le beau jeune homme, hétérosexuel et la "vieille tantouse"(excusez-moi du terme); la fin nous laisse imaginer ou "fantasmer" justement, mais on peut pencher pour une belle histoire d'amitié et de tolérance au sein d'une lutte politique (époque "intolérante" de Pinochet)

Une pointe d'amertume me gagne quand je sais ce que veut dire solitude et rejet, mais aussi quand je vois que des couples se forment:trans et hétéros, vivent heureux ensemble, en "homme" et "femme" et se fondent dans le "tissu" social sans trop en baver...L'espoir fait vivre mais aussi, il se mérite: il faut aller vers l'autre en connaissance de cause (je dis que le "tri" via internet ne laisse quasiment qu'un pour cent de gens sincères concernant les rencontres plausibles et non génératrices de "fantasmes" sans lendemain.)

L'intérêt de ce roman au-delà de la noire réalité de la "passe" avec des paumés et des alcooliques résident dans cette faculté que "l'héroïne" a pour se relancer dans le "rêve"! Il la maintient en vie dans une société éperdument cruelle et violente, sans cadeau, sachant qu'elle restera toujours "la" même aux yeux des autres, "normaux", trouvant tout de même son salut, plusieurs fois, en tournant en dérision son homosexualité et se laissant ridiculiser (face aux soldats et policiers de Pinochet, par exemple) bien qu'à la finale son destin reste la Solitude...



Article ajouté le 2007-01-22 , consulté 238 fois

Commentaires


Eggy le 15/08/2007 à 17:26:00
Il est vrai que l'espoir se mérite et que la reconnaissance de la société envers les transexuels passe par une acceptation volontaire de celle-ci, et qui s'intéresse à la différence en l'appréciant. Par contre je ne suis pas du tout d'accord avec votre propos sur l'internet.

D'abord je suppose que vous faites allusion aux sites de rencontres amoureuses puisque vous parlez de "rencontres plausibles" et de "fantasmes", hors les transexuels ne sont pas uniquement exclus des rapports amoureux avec les non-transexuels, ils et elles sont aussi exclu(e)s des rapports sociaux comme l'amitié, l'emploi. Internet permet en-dehors du cadre très "triant" des sites de rencontres amoureuses, de rencontrer des gens au travers de forums, regroupant des gens attiré par tel ou tel domaine plutot que sur la base d'une description physique (ce qui inclu le sexe et l'orientation sexuelle) et permet des échanges certe anonymes, mais échanges quand même entre personnes qui n'auraient pas pu se rencontrer dans le monde physique. Pour ma part j'ai rencontré mon fiancé pas internet car nous cherchions l'un et l'autre des amis anglophones pour maintenir notre niveau d'anglais. Au même titre que par le hasard d'un dîner chez des amis, ou d'une rencontre dans un bar/dancing/etc..., le but premier n'était pas l'échange amoureux mais le contact avec un/une autre pour socialiser. Les méthodes "forcées" de rencontres amoureuses n'ont pas attendues internet pour être populaires, souvenez-vous de "tournez manège !" et des 'petites annonces" dans les journaux de quartiers.

En bref je crois qu'internet ne créé pas le besoin humain de categoriser, de trier selon de paramètres établis, mais il se fait le reflet de cette tendance, comme il reflète les autres besoins humains. On rempli des cases sur meetic car on a pas la personne devant soi pour l'interroger et la regarder sur l'instant, comme on rempli le questionnaire d'une agence matrimoniale, mais cet anonymat permet aussi de prendre la parole sans se découvrir complètement, de s'exprimer aux autres sans les voir, d'avoir des conversations avec des gens qui dans la réalité nous effraieraient par leur différence, mais qui grace au clavier nous paraissent soudainement parfaitement proche de nous. Dans la réalité je n'aurais pas été intéréssée pas mon ami car il ne me plaisait pas physiquement et que mes préjugés m'auraient tenue à l'écart. Mais en le rencontrant en chair et en os seulement après plusieurs longues conversations internet, sa personalité m'avaient conquis au-delà de ce que percevaient mes yeux.

De même que les transexuels éprouvent des difficultés dans leur vie amoureuse de part leur apparence non catégorisable dans les cases traditionelles, ils rencontrent des difficultés d'insertion sociale car ont les dévisage plutot que de les voir : ce que perçoivent nos yeux provoquent une foule de préjugés. Sur internet en revanche puisqu'on est tous aveugle, on peut découvrir la personalité de quelqu'un sans ces préjugés physiques, et ainsi mieux se rapprocher et s'apprécier au-delà des différences superficielles du physique (amoureusement comme amicalement).

Bien sûr vous pouvez arguez que ces avantages d'internet ne seront exploités que par le "pourcent unique" de gens sincères auquel vous faites références, mais n'en va-t-il pas de même dans la réalité ?

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